Publié le : mer 8 Août 2018

GUERRE DU YÉMEN, RIYAD ÉTAIT-ELLE PIÉGÉE ?

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Le Yémen est un haut pays, une région montagneuse, d’un excellent climat et d’un sol fertile. Une île verte dans un océan de sable, sur laquelle vit un peuple audacieux et guerrier. Au VIe siècle avant J C, le Yémen avait atteint un haut degré de civilisation urbaine, il construisit des barrages, dont la célèbre digue de mârab, des ports, érigea des temples et édifia des palais. Le Yémen était depuis bien longtemps riche et puissant, surtout  pendant l’époque de Balqis reine de sabâ. Cent ans avant l’Islam, deux civilisations se partageaient l’ensemble de la péninsule l’une dans le sud, représentés par des agriculteurs et des commerçants et l’autre dans le nord, représentés par des nomades. Qui avaient intelligemment su exploiter les dromadaires, en les transformant en embarcations sahariennes, transportant sur leurs dos les différentes marchandises à travers l’immensité du désert. La disparité des intérêts économiques, entre ces deux catégories, était à l’origine des conflits opposant les uns aux autres. Le Yémen a joué un rôle d’intermédiation commerciale entre l’inde et la méditerranée, les marchandises en provenance de l’inde, arrivées par bateaux aux ports du Yémen, seraient dirigées par caravanes vers les pays du golfe, la Babylonie, la Syrie et l’Égypte. En parallèle il exporte des produits locaux très recherchés encens, myrrhe et aromates. À la veille de l’islam, le Yémen était administré par des gouverneurs persans. Dès le XIXe siècle, le Yémen fut coupé en deux au nord l’État-Imamât et au sud la colonie anglaise autour du port de d’Aden. Le zaydisme est une secte fondée par Zayd ibn ali, qui avait une parenté avec le prophète et qui, s’est séparé du chiisme vers 740. Comme le chiisme, le zaydisme prônait l’idée que le pouvoir califal, dans son modèle << l’État-Imamât >>, doit aller à un descendant d’Ali et Fatma, qu’il faut même le prendre par la force et défendre sa légitimité par les armes. Cet état d’esprit qui poussait les zaydites du Yémen à la révolte, était théorisé en doctrine religieuse par Yahia ibn al Houssayn al Hedi ( 897-911 ), qui institua l’État-Imamât au Yémen jusqu’au 1962. Le Yémen était dominé par des petites dynasties, soutenue chacune par un groupe tribal contrôlé par des chefs de clan, qui mettaient en avant leur proximité généalogique avec le prophète et leur origine mecquoise. Le chiites se trouvant dans des différentes familles, n’empêchait pas les conflits entre les tribus. Les Imams zaydites qui avaient chassé l’armée turque du pays et institué l’État-Imamât, renforcèrent leur pouvoir religieux. En 1962, l’armée yéménite influencée par le nationalisme arabe de Nasseur, prend le pouvoir et abolit l’Imamât au nord. Quant au Yémen du sud, organisé autour du port d’Aden ne quitta le giron britannique qu’en 1967, pour  s’oriente vers un système marxiste, après la chute du mur de Berlin en 1990, les deux Yémen furent réunis. L’aperçu historique que nous venons de parcourir, soutient que le conflit que vivent les composantes de la société yéménite, ne peut en être réduit exclusivement à un conflit chiite/sunnite. Les tribus qui sont partagées entre chiites et zaydites, en cas d’affrontement, leur appartenance tribale l’empote sur leur sensibilité confessionnelle. La milice houthi fut fondée après l’indépendance du nord en 1962, afin d’affirmer que l’abrogation de l’État-mamât ne veut pas dire la fin du zaydisme, ni la disparition de la culture tribale, et que le statut social des familles, qui avaient donné à la nation ses principaux imams, doit être préservé. Si on n’intègre pas, dans notre analyse, la dimension socio-culturelle, on ne pourra pas saisir la complexité du mécanisme qui gère les relations inter-yéménites. L’ancien président ali abdallah salah a su habilement profiter de cette règle, jusqu’au jour où il en a failli au prix de sa vie. Les zaydites qui dominaient la politique du Yémen depuis plus de mille ans, appréhendèrent de perdre leur influence face à leur voisin l’Arabie Saoudite. En 2011, après la destitution de ali abdallah salah et la venue de abd arabou mansour hedi, les zaydites lancèrent une révolte et prirent sanâa. Le pays se déchira en deux, le nord passe sous contrôle des houthis, le gouvernement se rapproche de plus en plus de Riyad, quant aux chafiites du sud, ils regardent avec méfiance ce rapprochement contre nature. Alors que l’objectif de l’Arabie Saoudite, qui avait soutenu l’État-Imamàt au début des années soixante, est d’empêcher la mainmise de l’Iran, à travers les chiites, sur le pays qui constitue sa profondeur stratégique. Il est très symbolique, de  servir les Lieux Saints, les plus prestigieuses chaires de l’islam, la Mecque et La Médine, auxquelles vibrent les cœurs d’un milliard et demi des adeptes. Cela confère à l’Arabie Saoudite, qui s’identifie au message de paix et de justice de l’islam, une force morale transcendante, contre laquelle aucune puissance militaire n’oserait se frotter. Troquer cette force, contre une guerre qui ternit son image et fauche les âmes des innocents, est un piège  subtilement tendu, dans lequel Riyad est tombé.<< le croyant est un crédule indulgent et le pervers un vil rusé >>.