Publié le : sam 1 Sep 2018

GUERRES INDIRECTES AU MOYEN-ORIENT

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La rivalité entre les deux puissances régionales, l’Arabie Saoudite et l’Iran, deux grands producteurs de pétrole, remonte loin dans l’histoire. Elle trouve ses origines dans un antagonisme séculaire entre Perses et Arabes, rivalité pourtant proscrite par l’Islam, religion à laquelle appartiennent les deux antagonistes. Mais voilà qu’après leur conversion à l’Islam, il y a plus de quatorze siècles, une nouvelle rivalité entre Chiites et sunnites est venue s’incruster sur celle qui avait auparavant marqué leur histoire et que l’on croirait déjà révolue.

L’Iran considère que le monde musulman a deux centres, dont le pivot chiite qui revendique. Il accuse l’Arabie Saoudite d’avoir préparé le terreau sur lequel s’est développé l’islamisme radical, il y a presque deux générations, dans le but d’endiguer l’onde de choc provoquée par la révolution iranienne, qui avait menacé les trônes des pays du golfe. Il l’accuse aussi d’être un instrument  dans la stratégie américaine, qui a dévasté la région causant chaos et malheur. Il l’accuse en plus d’avoir été derrière la guerre que Saddam avait menée de 1980 à 1988, contre l’Iran,  quand celui-ci subissait le contrecoup des années d’agitation et qui paraissait fragile.

les deux États, Irakien et Iranien rivalisent depuis bien longtemps l’hégémon moyen-oriental. Mais quelle est la tactique? qui a permis à l’Iran d’étendre son influence et de tirer profit des guerres du golfe ; sans doute elle se trouve dans un subtil dosage, entre l’expérience et le travail de la raison qui orientent l’action politique, en effet l’exaltation identitaire et religieuse ont souvent conduit à l’échec .  Depuis 1979, l’Iran a opté pour une stratégie fondée sur trois principes : l’opposition à l’influence des États Unis, l’opposition à l’État d’Israël et la rivalité avec l’Arabie Saoudite.

De son côté, l’Arabie Saoudite accuse l’Iran d’avoir fomenté, pendant la première année de sa révolution, une prise d’otages dans la grande mosquée de la Mecque, deux semaines après l’accomplissement du pèlerinage. Le symbolique de l’opération a bouleversé le monde musulman, il s’est déroulé dans le lieu le plus sacré de l’Islam. C’était le 2 novembre 1979, un groupe d’environ deux cents personnes, conduit par un retraité de la garde nationale, Johayman al Otaïbi, originaire d’une grande famille du centre de l’Arabie Saoudite, prend le contrôle d'<<al Masjid al Haram>> , reprochant au régime saoudien sa corruption et ses accointances avec les Américains. L’Arabie Saoudite accuse aussi l’Iran d’avoir fourni armes et explosifs à des cellules terroristes dans le royaume et, d’avoir été derrière l’attaque de leur Ambassade à Téhéran. Le soir de la décapitation du Nimr Baqer al Nimr, un dignitaire chiite figure de proue des manifestations qui se sont déroulées, entre 2011 et 2012, dans la province orientale du royaume. La nuit, du 2 janvier 2016, des manifestants Iraniens ont lancé des cocktails molotov contre l’Ambassade de l’Arabie Saoudite à Téhéran et, ont pénétré dans la représentation diplomatique en y mettant le feu ; l’attaque semble avoir été organisée par des radicaux affilés aux milices chiites. L’Arabie Saoudite accuse en plus l’Iran d’armer les Houthis qui, en septembre 2014, ont chassé les forces gouvernementales de sanaa capitale Yéménite et, se sont emparés du palais présidentiel et du port de hodaïda sur la mer rouge. Le déroulement des évènements dans la région, laisse apparaitre que la stratégie de Téhéran consiste à prendre l’Arabie Saoudite en tenaille, l’Irak chiite au nord et le Yémen Houthite au sud, mais il y a là une erreur d’analyse sur laquelle s’est fondée cette stratégie, car l’appartenance tribale la << açabia >> dans la société arabe l’emporte souvent sur celle de la doctrine religieuse .

Une guerre directe entre l’Iran et l’Arabie Saoudite est improbable, les deux rivalités s’accommodent d’un conflit indirect, à travers des groupes armés qu’elles gèrent. Téhéran n’a pas intérêt à provoquer une guerre avec Riyad pour plusieurs raisons. Certes, la guerre de Saddam, le démantèlement de l’Irak, la reconnaissance par Trump de Jérusalem capitale d’Israël et la victoire de l’armée gouvernementale syrienne ont renforcé la position Iranienne dans la région. Mais la majorité des dirigeants Iraniens actuels qui ont participé à la guerre de 1980 et 1988, sont conscients des dégâts qui ont été occasionnés par ce conflit, ils ne veulent pas courir le risque de perdre les avantages de l’accord sur le nucléaire. L’Arabie Saoudite a rectifié son tir dans l’affrontement géopolitique qui l’oppose à l’Iran, après s’être rendu compte de l’échec de sa stratégie de soutien au groupe al-nosra en Syrie, devant la méfiance occidentale du danger que constitue ce genre de groupe et la résistance militaire sur le terrain. Beaucoup de facteurs empêchent Riyad d’aller plus loin dans l’hostilité contre l’Iran, son engagement au Yémen n’a pas été motivant, le manque d’effectifs éventuels sur le terrain, dans l’hypothèse d’un conflit direct et la possibilité aux Iraniens de bloquer le détroit d’ormuz. Par lequel l’Arabie Saoudite achemine ses hydrocarbures, n’encourage pas Riyad à entrer en conflit directe avec l’Iran, mieux encore les deux pays musulmans savent que le message de l’Islam, dans son essence, incite les hommes à consulter leur raison avant d’écouter leur penchant. TCh